01 novembre 2002
Philippe AÏNI
est né à Bordeaux le 22 juin 1952, marié et père de trois enfants, rompt brutalement avec son existence d'ouvrier pâtissier à l'âge 24 ans, pour se consacrer à la création (peintures et sculptures essentiellement). Sans formation artistique, il va inventer son art de fond en comble.
Pendant 8 ans, seul dans son atelier, il peint avec acharnement, ne voyant que très peu d'artistes et d'amis proches ; néanmoins, son travail intéresse : certains amateurs d'art le sollicitent pour l'exposer : J. Pierre Roche, notamment, directeur de la galerie ÉMERGENCES à Bordeaux, qui aime passionnément son travail, l'expose à plusieurs reprises, contribuant ainsi à le faire connaître dans le Sud-Ouest. De même Guy Lafargue qui dirige la galerie ART CRU à Auch.
En 1985, son exposition au Musée du Carmel à Libourne connaît un énorme succès qui l'étonne et l'encourage à la fois ; un succès qui se renouvelle l'année d'après avec la galerie " Art Objet " à Angoulême.
Fin 1985, premier contact avec Cérès Franco à la galerie "L'œil de bœuf" à Paris. C'est sous son impulsion qu'il participe à l'exposition" 70 Sculptures polychromes" organisée par le Dr. FRAISSEIX à Eymoutiers en août 1986.
Atelier - 2004
Réalisation du tableau Le Pic Niqueur d'Etoiles
Photo : J.L. Weber
Dans la même année, il est choisi par le directeur de la Translatique Théâtre, François MAUGET, pour réaliser les décors de la pièce de Mario Vargas Llosa "La demoiselle de Tacna", présentée le 27 avril 1987 au Centre André Malraux à Bordeaux.
C'est en 1987 aussi qu'il émigre dans le Nord avec ses 3 enfants pour rejoindre sa nouvelle compagne à Douai, où il réside quelques temps. Son travail le fait rapidement connaître au-delà des frontières, notamment avec la fresque très controversée qu'il réalise dans une Eglise du 11ème siècle à Flines-Lez-Raches, près de Douai.

Le Nouveau Testament - 1990
Dimensions ensemble 1300 x 700 x 150 cm
Acrylique et Huile sur Bourre et Moulages Humains
Eglise St Michel - Flines lez Raches
Ses incursions en Belgique (Musée d'Art Moderne à Mons - Foire Internationale Linéart de Gant en 1991-92) et en Suisse (Foire Internationale d'Art Contemporain à Genève en mai 1992) ne l'empêchent pas de participer activement aux différentes manifestations artistiques de la capitale comme le "Salon de mai" en 1989 et 1991 ou "Figuration critique" en 1987-1990-1991, qui l'amènent à l'exposer à Moscou, Leningrad et Copenhague, succès artistique croissant que "Découvertes" en février 1993, au Grand Palais, ne fait que confirmer.
À Évreux, Philippe Aïni expérimente une nouvelle forme d'expression, les moulages de corps. Toute une série de sculptures (les salles de bains) et de tableaux en relief, très appréciés à la galerie Jean-Claude Riedel à Paris.
En 1998, il part en Guadeloupe. Ne pouvant s'y exprimer librement pendant cette période, il revient en métropole où il est accueilli généreusement par le maire de Oissel, Thierry Foucaud. Après ce choix de retour, la création, malgré le doute, ne l'a pas quitté et il continue d'en explorer ses méandres (la terre céramique, la peinture).
Il écrit une pièce dont il fait la mise en scène autour de ses décors : "Sein Syphoniquement", qui est jouée pour le dernier printemps du siècle au Théâtre Molière à Bordeaux. Suite au Carrousel du Louvre, la maison Aïni s'ouvre à Paris, et ses oeuvres de grandes tailles y trouvent leur place en permanence. L'étranger le sollicite de plus en plus (Belgique, Luxembourg, Allemagne, USA).
2000 est l'année de la création du site ainipainting.com. Internet et le multimédia, des nouveaux supports de créations qu'il veut investir grâce à l'aide technique de Oueb, le créateur du site.
2001 Suite à une exposition de terre cuite en 2000, sortie d'un bronze intitulé "Je t'aime".
L'année 2002 marque son passage à New York où il obtient un vif succès à Outsider Art Fair, passage qui aboutira à de nouvelles expositions aux Etats-Unis : il louera pendant quelques mois un atelier d'artiste dans Brooklyn : isolé de tout, il trouvera son alphabet, sa nouvelle écriture. Une exposition en 2003 à Miami, encouragera sa démarche d'ermite, et rentrant en France, exposera en Septembre 2003, à la Galerie les singuliers : "Evolution échangeante". Sa peinture évolue et change aussi dans les couleurs. La pâte de bourre affinée à l'extrême verticale, accompagne avec bonheur l'écriture volubile du peintre. Sa vision toujours même, fantastique, attachante, sur l'humanité déchirée de tous siècles, s'égaye de couleurs. Celles-ci ne cachent pas le drame certain de la vie, mais l'aèrent : l'espace devient au-delà.
Aïni dans les collections du blog :
Philippe AÏNI
- L'inné dit du collectionneur :
La découverte de l'oeuvre de Philippe Aïni fut pour moi une véritable révélation, je la dois à Monsieur Renard, un ami regretté à qui je rends hommage. Cet amateur éclairé avait une prédilection pour Aïni, il en possédait d'ailleurs un bel ensemble qui provoquait déjà ma convoitise et il ne manquait jamais une occasion de m'en parler, c'est ainsi qu'il me signala, l'une de ses expositions à venir à l'atelier de Paille à Clichy (ville où je résidais à l'époque).
Le jour du vernissage, samedi 10 octobre 1992, première rencontre avec Aïni, immédiatement sur la même longueur d'onde, naissance d'une réelle amitié - acquisition de la toile "Le voleur" qui devint mon premier Aïni - Cette oeuvre répondit à mon attente, une communication positive s'établit aussitôt avec ce tableau, je n'avais plus qu'un désir, en avoir d'autres...
La subite envie de peindre d'Aïni en 1976, alors qu'il ignorait tout de l'art n'étais pas fortuite, mais bien due au fait qu'il avait beaucoup à dire, sa fécondité exeptionnelle, l'importance de sa production et l'étendue de ses activités allaient en témoigner, il sera tour à tour : peintre, sculpteur, décorateur de théâtre, modéliste et céramiste.
Aïni a beaucoup à dire, mais son travail n'est pas gratuit. Soucieux de vérité, il refuse la tricherie incompatible avec l'art et ne cède en rien à la facilité. Pour s'exprimer, il doit payer de sa personne, s'interroger, se battre, se dépasser et aller puiser au plus profond de lui-même, là il va connaître l'angoisse créatrice - c'est dans la douleur qu'il enfante son monde intérieur - Il a l'idée "géniale" d'utiliser dans son travail des matériaux insolites inusités dans l'art qu'il met au service de son expression - je pense évidemment, à la bourre à matelas et aux moulages de corps - Tout en contribuant à le personnifier, l'utilisation de ces matériaux va constituer un apport considérable à sa création, en lui permettant d'aller plus loin, toujours plus loin, sans la transmission de la vie...
J'aime passionnément l'oeuvre d'Aïni, d'une authenticité absolue, elle s'impose à moi et est conforme à l'idée que je me fais de l'art, je la ressents avec une force exeptionnelle comparable à celle que j'éprouve devant les réalisations des plus grands.
Véritable créateur, complètement autodidacte, Aïni arrive au moyen d'un langage singulier à donner la vie à ses personnages, des personnages aveugles à notre regard, reconnaissables enre mille et qui ne peuvent être que de lui, tant l'empreinte de sa vision est forte, néanmoins nous nous retrouvons bien dans cet univers qui nous révèle à nous mêmes.
Merci Philippe pour tout ce que tu nous apportes et pour le plaisir que ton oeuvre me procure.
Louis Guyard, le 26 mai 2003
Extrait du livre sur Aïni : Ed. Arts sans Frontières, 2003
Collection Louis Guyard

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